« Je n’ai pas de temps pour moi »
Vous connaissez sûrement cette phrase…
Je l’entends presque à chaque séance. Et à chaque fois, elle révèle quelque chose de plus profond qu’un simple agenda surchargé.
Ces femmes vivent chaque jour comme une course effrénée.
Elles jonglent entre vie professionnelle et vie familiale, planifient, organisent, anticipent… et s’oublient.
Le week-end ? Un marathon de lessives, ménage, repas, activités des enfants.
Et quand il reste un petit créneau « libre », elles se disent :
« Autant en profiter pour ranger deux trucs. »
Ces quelques minutes, censées être pour ELLES, deviennent encore un moment où elles travaillent… pour les autres ou pour « tout finir ».
Question de réflexion : le « tout finir » existe-t-il ?? (cela ferait sans doute un beau sujet de philosophie)
La tête pleine : une surcharge invisible
Leur cerveau est un véritable tableau Excel : tout doit rentrer dans une case.
Toujours anticiper, prévoir, gérer, penser à ce que l’autre a oublié de penser. Petit à petit, elles s’épuisent. La fatigue s’installe, l’irritabilité pointe, le sentiment d’échec s’invite.
Certaines passent des heures à organiser le week-end pour que tout se déroule parfaitement.
D’autres ne trouvent jamais le temps de faire une pause, de prendre une douche tranquille, de se reconnecter à ce qui les fait vibrer. La culpabilité et le perfectionnisme rôdent en toile de fond : si elles ne font pas, personne ne le fera.
Elles l’admettent parfois en séance, non sans un sentiment de gêne ou de culpabilité :
« Pourtant mon conjoint m’aide. »
Mais ce qu’elles aimeraient vraiment, ce n’est pas qu’il « aide », c’est qu’il PENSE à aider, qu’il voie, qu’il anticipe, qu’il sache quoi faire sans qu’on le lui dise.
Parce que répéter fatigue plus que faire…
Les facteurs structurels : charge mentale et parentalité genrée
« On demande à une femme de travailler comme si elle n’avait pas d’enfants, d’élever ses enfants comme si elle n’avait pas de travail, et d’avoir l’apparence d’une femme qui n’a ni travail ni enfant. » (Dr Lechemia)
Ces situations ne sont pas uniquement individuelles. Elles s’inscrivent dans une réalité sociétale :
- Les femmes prennent encore en charge 70 % des tâches liées aux soins et à l’éducation des enfants.
- Elles assument la double journée : professionnelle ET familiale.
- Les attentes sociales vis-à-vis des mères restent très fortes, alors que les attentes professionnelles continuent d’augmenter.
Résultat : les femmes sont 20 % plus touchées par le burn-out que les hommes.
La charge mentale invisible devient un facteur de stress majeur, aux conséquences physiques et émotionnelles bien réelles.
Le vrai problème : l’autorisation de prendre du temps pour soi
Le plus souvent, ce n’est pas le manque de temps réel qui bloque.
C’est le fait de ne pas s’autoriser à en prendre : demander de l’aide, déléguer, dire non, refuser des obligations, ou simplement s’accorder un moment pour soi.
Par peur d’être jugée. De paraître “égoïste”. Que tout s’écroule sans elle…Par culpabilité.
Et ces peurs ne sortent pas de nulle part.
Elles sont renforcées par des injonctions culturelles qui font peser sur les femmes une exigence impossible.
Le jour où elles s’autorisent enfin ces petites “cases”
Quand elles commencent à s’autoriser ces moments (parfois seulement 10 minutes), c’est tout un rapport au temps qui change.
Elles découvrent que :
- le BON moment pour s’occuper de soi n’arrive jamais tout seul, il se crée
- il y aura toujours quelque chose à faire
- et parfois même… elles s’inventent une tâche s’il n’y en a aucune (oui, une cliente me l’a avoué hier !).
Et le jour où elles s’accordent du temps pour ELLES… même 10 minutes !
Elles ne gagnent pas du « temps ».
Elles récupèrent un peu de place pour exister.
Exercice de réflexion : repérer “la case”
Je vous propose un exercice très simple, mais redoutablement révélateur.
- Repérez dans votre journée une petite “case” de 10 à 30 minutes.
Ce moment-là, vous l’avez déjà.
Il se cache dans la journée : une attente, un creux, une transition, une pause non assumée. - Au lieu de penser : “Autant en profiter pour…” Arrêtez-vous à cette phrase. Observez-la. Respirez.
- Demandez-vous : “Et si ce moment, c’était pour moi ?”
Même quelques minutes peuvent devenir :
- un thé,
- trois pages d’un livre,
- une vraie respiration,
- une douche chaude,
- un silence,
- une marche autour du pâté de maisons.
- Et surtout : faites-le sans culpabilité.
Parce qu’à attendre le “bon” moment pour prendre soin de vous…vous risquez simplement de ne jamais le trouver.