Quand tout devient trop… sans qu’il y ait de “danger réel”

Vous continuez à avancer.

Vous gérez.
Vous tenez.
Vous faites même parfois bonne figure.

Et pourtant, à l’intérieur, quelque chose sature.

Le moindre imprévu vous coûte.
Une remarque vous atteint plus que d’habitude.
Vous ruminez.
Vous dormez mal.
Vous avez l’impression d’être en vigilance permanente, comme si votre cerveau ne parvenait plus à redescendre.

C’est souvent ainsi que le burn-out commence à s’installer : non pas comme un effondrement soudain… mais comme un cerveau resté trop longtemps en mode survie.

Dans l’Episode 9 du Podcast Retrouve ton Pep’s! j’ai échangé avec Stéphanie Le Madec autour de cette question passionnante, à la lumière de l’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC).

Et ce qui ressort de cet échange est à la fois éclairant… et profondément déculpabilisant.

Burn-out et cerveau en mode survie : de quoi parle-t-on exactement ?

L’un des apports les plus intéressants de l’Approche Neurocognitive et Comportementale, c’est qu’elle aide à comprendre que notre cerveau ne fonctionne pas toujours de la même manière.

Selon les situations, il peut mobiliser différents mécanismes.

Certains nous permettent :

  • de réfléchir
  • de prendre du recul
  • de nous adapter
  • de réguler nos émotions

D’autres sont davantage orientés vers :

  • la réaction rapide
  • la vigilance
  • la survie
  • la « sensibilité » à l’image sociale

Le problème n’est donc pas d’avoir un “mauvais fonctionnement”.

Le problème apparaît lorsque certains mécanismes prennent la main dans des situations pour lesquelles ils ne sont pas adaptés.

Et c’est exactement ce qui peut se produire dans le burn-out.

Au travail, il n’y a généralement pas de danger vital immédiat.

Pourtant, le cerveau peut interpréter certaines situations comme menaçantes :

  • surcharge chronique
  • pression permanente
  • manque de reconnaissance
  • conflits
  • peur de l’erreur
  • insécurité relationnelle
  • perte de contrôle…

Résultat : le cerveau reste en état d’alerte.

Et lorsqu’il fonctionne trop longtemps ainsi, il finit par s’épuiser.

Le burn-out n’est pas un problème « individuel »

C’est un point essentiel.

Quand on traverse un épuisement professionnel, il y a souvent énormément de culpabilité.

Beaucoup de personnes se demandent :

  • “Pourquoi je n’y arrive plus ?”
  • “Pourquoi les autres tiennent ?”
  • “Qu’est-ce qui cloche chez moi ?”

Or, le burn-out ne s’explique pas par une fragilité individuelle.

Dans l’épisode, Stéphanie Le Madec rappelle une formule très parlante issue de l’ANC

(que j’explique également dans cet Article de Blog):

Stress = stresseur × stressabilité

Autrement dit, le stress chronique au travail naît de la rencontre entre :

Les stresseurs

Ce sont les éléments liés à l’environnement professionnel:

  • la charge de travail, la pression
  • le climat relationnel, l’insécurité psychologique
  • le manque d’autonomie
  • les injonctions contradictoires
  • les interruptions permanentes
  • le manque de reconnaissance…

Pour plus de détails, n’hésitez pas à écouter l’Episode 7 Ce qui vous épuise vraiment!

La stressabilité

C’est notre manière de percevoir certaines situations.

Elle est influencée par :

  • notre état d’esprit
  • nos mécanismes d’adaptation et de protection
  • nos croyances, nos valeurs…

L’épuisement professionnel ne relève donc ni d’une faiblesse personnelle… ni uniquement d’un problème d’organisation.

Il se situe à la rencontre entre un fonctionnement individuel… et un environnement.

Alors pourquoi certaines personnes s’épuisent davantage ?

Il n’existe pas réellement de “profil type” du burn-out.

En revanche, certains mécanismes peuvent rendre plus vulnérable dans certains environnements.

C’est souvent le cas de personnes qui ont tendance à :

  • beaucoup s’investir
  • vouloir bien faire, tout contrôler
  • viser haut
  • prendre énormément sur elles
  • avoir du mal à poser des limites
  • continuer longtemps avant de reconnaître leur épuisement

Ces mécanismes ne sont pas “mauvais”.

Dans un environnement soutenant, ils peuvent même devenir de véritables forces :

  • engagement
  • implication
  • persévérance
  • sens des responsabilités

Mais dans un environnement marqué par une pression chronique ou un manque de sécurité psychologique, ils peuvent progressivement devenir épuisants.

C’est leur rencontre avec un environnement qui ne régule plus suffisamment la charge, la pression ou la sécurité relationnelle.

Le rôle majeur de l’insécurité psychologique

Dans les accompagnements post-burn-out, je constate souvent que ce n’est pas tant la quantité de travail qui a épuisé la personne.

C’est aussi le climat dans lequel elle évoluait.

Le fait de ne plus oser :

  • dire non
  • demander de l’aide
  • exprimer un désaccord
  • reconnaître une difficulté
  • faire une erreur

Quand cette insécurité psychologique s’installe, le cerveau reste en vigilance.

Et un cerveau en vigilance permanente accède plus difficilement à certaines ressources essentielles :

  • recul
  • discernement
  • créativité
  • souplesse
  • régulation émotionnelle

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi certaines personnes redoutent énormément le retour au travail après un burn-out.

Même lorsqu’elles ont commencé à récupérer.

Parce qu’au fond, la question n’est pas seulement :
“Est-ce que je vais mieux ?”

Mais aussi :
“Est-ce que l’environnement dans lequel je retourne est réellement soutenant ?”

À retenir :

  • le stress cognitif naît de la rencontre entre stresseurs et stressabilité
  • le « problème » apparaît lorsque certains mécanismes individuels prennent la main dans des situations pour lesquelles ils ne sont pas adaptés.
  • certains mécanismes individuels peuvent mener à l’épuisement lorsqu’ils rencontrent des contextes professionnels défavorables

🎧 Pour aller plus loin

🎙️Ne manquez pas l’épisode complet Burn-out : un cerveau en mode survie (et comment en sortir) à écouter 👉ICI !